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L’Ecole citoyenne ! Tout devient
« citoyen ». C’est que la notion de citoyenneté renvoie aux
valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité. Elle est,
depuis l’origine, prise entre deux tropismes : une définition centrée
sur la possession d’un ensemble de droits, une autre sur celle d’un
ensemble de devoirs.
Parler de l’Ecole citoyenne, c’est se placer dans un type de discours
positif, pour inviter à réfléchir sur certaines questions : l’Ecole
développe-t-elle suffisamment cette dimension politique d’égalité en
devenant enfin un véritable outil de promotion sociale pour les familles et
un instrument d’enseignement et d’éducation civique chez les élèves ?
Quelles réponses internes l’Ecole,
et donc notre lycée, peuvent-ils apporter face à la grave crise morale et
économique que nous traversons ? Une autre question devrait porter sur
les réponses externes que l’Ecole peut trouver. L’Ecole n’est pas le
centre de la société, elle en est le réceptacle et le miroir. On ne peut
plus faire comme si rien n’avait changé, comme si les attentes très
fortes des familles pouvaient ne pas être entendues par l’Ecole.
L’idéal républicain d’une Ecole promotionnelle pour tous a été très
bien entendu par tous. De 1960 à 2000, les effectifs du second degré sont
passés de 3 millions à près de 6 millions. Au total, de 11% d’une classe
d’âge obtenant le baccalauréat en 1960, on a dépassé les 68% en 1999.
Des réussites donc. Comment ne pas saluer cet immense effort collectif dont
le mérite revient très largement aux enseignants. Et quoiqu’en pensent
certains esprits chagrins, le niveau scolaire moyen augmente. La démocratisation
en elle-même ne pénalise pas les meilleurs élèves, ne ralentit pas leur
progression et n’est pas en soi un mauvais investissement pour un pays. Au
contraire !
Mais cet enseignement de masse du second degré soulève des questions et des
problèmes, y compris dans notre lycée. Il peut être source de déceptions
et de violence chez les familles qui placent tous leurs espoirs d’ascension
sociale dans l’Ecole. Nous sommes à un moment de la démocratie où les inégalités
sont considérées comme des injustices et parfois même comme des atteintes
à la dignité humaine. On ne peut plus discourir sur la citoyenneté sans
analyser ces phénomènes. Pour les uns, la « Cité » fait référence
à la cité grecque quand pour les autres, « la cité » fait référence
à la banlieue pourrie où l’on habite.
Ces quelques observations permettent de situer la part de violence qui est
faite aux élèves dans leurs études, dans leurs légitimes ambitions
d’ascension, de situer la part de difficultés parfois graves que
rencontrent les enseignants pour aider leurs élèves à réussir dans leurs
études. Il y a des causes externes graves. Il y a aussi des causes internes
au développement de certaines formes de refus de travail, voire de violence
qui expliquent pourquoi, toute population scolaire égale par ailleurs,
certains établissements sont littéralement naufragés alors que d’autres
non seulement survivent, mais même vivent
en fonction de leur politique pédagogique et d’éducation. Il y a
donc des leviers sur lesquels un établissement peut agir. L’Ecole de la République
n’est pas l’Ecole de la fatalité.
Le lycée
Lambert possède un certain nombre de ces leviers. Un
premier levier possible est l’enseignement, la pédagogie. En sachant
qu’aucun savoir n’est retenu s’il n’est pas perçu comme la
possibilité de prendre la parole et de partager des idées avec d’autres
élèves, d’autres enseignants, d’autres parents. Etre convaincu que tout
lycéen est éducable, qu’on peut partager des savoirs et que chacun change
en partageant des savoirs. C’est tout le sens de notre travail avec des élèves
aux niveaux scolaires de plus en plus hétérogènes.
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Un deuxième levier possible
s’appuie sur les lois de décentralisation des années 1980. Elles
mettent en jeu l’autonomie des établissements, donc la nécessité de
faire des choix. Les parents et les collectivités territoriales font
leur entrée au Lycée. La question n’est plus la conformité au modèle
central mais la cohérence du projet d’établissement. Ce projet doit
être notre culture et nos valeurs partagées. Cohérence du diagnostic
fondant le projet d’établisse-ment, cohérence des choix d’actions,
cohérence de l’évaluation, transparence des choix et des valeurs
fondatrices du projet. Ce sera le sens de notre travail sur le projet
d’établissement pour les années à venir.
Un troisième levier s’appelle la démarche de projet, fondée par la
loi de juillet 1989. C’est tout le sens à donner à la mise en place
d’actions interdisciplinaires, telles que l’aide individualisée,
les travaux personnels encadrées, les classes à projet particulier,
etc. L’existence même de ces actions au sein de notre lycée témoigne
de l’engagement des uns et des autres à vouloir accueillir et faire réussir
des élèves aux profils si dissemblables.
Dans le droit fil de ce qui vient d’être dit, un quatrième levier
s’appelle le travail en équipe. Toutes ces incitations à travailler
autrement ne relèvent pas du bricolage pédagogique, mais d’une révolution
des mentalités. « Je ne suis pas le seul détenteur du savoir. On
est plus riche à plusieurs que seul. L’autre m’intéresse pour ce
qu’il est autre » Autant de maximes que peuvent facilement
s’approprier tous les partenaires de notre communauté scolaire.
Un autre levier d’action tourne donc autour de la parole. La
communication est le fondement même de ce que peut être le citoyen. Il
n’y a pas de démocratie sans parole organisée. Donner la parole,
c’est apprendre à prendre la parole. C’est l’une de nos missions
d’enseignant et d’éducateur.
Tout établissement scolaire est fragile, dans une situation toujours
instable d’équilibre à trouver entre les objectifs nationaux et les
réalités locales parfois fort éloignées des préoccupations purement
scolaires. La solidarité, loin de la connivence mais proche de la
fraternité, ne serait-elle pas, in fine, le principal levier sur
lequel construire la réussite de notre Lycée.
En conclusion, je veux simplement dire qu’il n’y a ni échec, ni réussite
durable, tout est à remettre en cause chaque année, parfois chaque
mois. Je veux aussi simplement dire à tous les jeunes et à tous les
personnels, agents comme enseignants, que je ne suis ni béatement
optimiste ni hermétiquement pessimiste.
Je vous remercie par avance pour tout ce que nous
entreprendrons, ensemble, pour la réussite de nos élèves. Je sais
pouvoir compter sur vous comme, je m’y engage, vous pourrez compter
sur moi et Mme Brunet, dans vos difficultés, dans vos projets.
Bonne année scolaire à tous.
Le Proviseur
Jean-Joseph FELTZ
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